Prêt à en découdre !

05 janvier 2019

Au moment de reprendre les chemins des parquets nationaux et européens avec ses Guerrières, le coach Fred Dusart nous a accordé un entretien. Sans concession, il revient sur la 1ère partie de saison, sur ses attentes à l’aube de la seconde et sur ses satisfactions.

ESBVA Com’ : Fred, bonjour et bonne année 2019 ! Au moment où tu retrouves l’équipe pour entamer cette 2ème partie de saison, quels enseignements as-tu tiré de la première moitié déjà réalisée ?

Fred DUSART : Sportivement, le collectif s’est rapidement mis en place. C’est l’effet positif d’avoir dû en passer par les barrages pour accéder à l’Euroligue. Nos 2 matches européens contre Szekszard nous ont mis très vite dans le bain et ont permis de créer une cohésion entre joueuses, nouvelles et anciennes.

A contrario, cette reprise rapide de la compétition nous a empêché de faire une préparation foncière complète. Mais l’objectif était important pour le club et les joueuses. Elles avaient envie de jouer cette compétition. L’Euroligue est une belle vitrine !

E.C’ : C’est donc un 1er objectif qui a été atteint rapidement. Pour autant, la poule de Villeneuve est très relevée et les matches sont difficiles, voire très difficiles. T’attendais-tu à un tel niveau ?

FD : Avec une 4ème aventure en Euroligue consécutive (une fierté pour le club), on ne découvre plus la compétition. On savait donc qu’il y avait des risques de prendre des éclats lors de nos matches de poule. Typiquement, Ekaterinbourg était ce genre de match. Prague est dans la même veine, même si je pense qu’on aurait pu limiter la casse. La première mi-temps contre Polkowice est un accroc qu’on aurait dû éviter.

Côté satisfactions, elles viennent de nos matches contre Braine et Schio. Sur ces matches, les filles se sont comportées en véritables Guerrières. Ce sont ces matches là qu’on doit accrocher et sur lesquels on doit se battre. C’est important de répondre présent.

E.C’ : Justement, l’Euroligue est dévoreuse d’énergie. Cela explique-t-il, en partie, les hauts et bas qu’a connu l’ESBVA-LM entre championnat et Coupe d’Europe ?

FD : C’est sûr, l’Euroligue use mentalement et physiquement. Mais on savait que ça serait compliqué. Je pense que l’impact mental est le plus important, car tout se joue dans la tête. Après les défaites, les filles doivent rapidement tourner la page pour se concentrer sur le match suivant. Et c’est parfois difficile. On sait, que dans le sport, la victoire appelle la victoire.

E.C’ : Ne fallait-il pas mieux jouer l’Eurocup ?

FD : Non, absolument pas. Les joueuses de l’équipe sont à Villeneuve parce que le club joue cette compétition. Et, dans l’avenir, avec seulement 2 places en Euroligue, ça sera encore plus difficile de se qualifier.

Intrinsèquement, c’est sûr, l’Eurocup aurait donné plus de confiance : les équipes sont plus à notre portée. Les victoires auraient été plus nombreuses. Cela aurait permis aussi plus de rotation. Probablement que notre première partie de championnat aurait été meilleure. Mais dans une saison, il y a toujours des coups de moins bien. Ils sont connus et il nous faut les surmonter.

A Villeneuve, je connais ce phénomène pratiquement chaque saison, parfois en 1ère partie de saison (comme lors de la saison 2016/2017 où nous sommes « à la ramasse » jusqu’à Noël et où on finit champions de France), parfois en seconde partie (la saison dernière en est la parfaite illustration puisqu’on est dans le top 2 à la trêve et on s’écroule ensuite).

E.C’ : Puisque tu parles du championnat, quel bilan chiffré tires-tu des parcours des Guerrières en LFB ? Et en Euroligue ?

FD : Je vais d’abord revenir sur notre parcours en Euroligue. Avec 2 victoires et 5 défaites, j’ai envie de dire que c’est presque conforme aux prévisions « économiques » qu’on pouvait faire en début de saison. Hormis la défaite contre Polkowice, notre parcours est cohérent au regard du ratio budget/joueuses des équipes qui composent la poule. Avec Braine, lors du tirage au sort, on était logiquement promis aux 7ème et 8ème places.

Maintenant qu’on y est, on ne veut pas se contenter d’y participer. L’objectif, c’est de décrocher une place en quart en Eurocup. Pour autant, on n’a plus de pression pour le classement. Les objectifs lors des matches d’Euroligue sont avant tout qualitatif et de gestion de l’impact sur le physique et le mental.

Concernant notre parcours en championnat, la motivation est toujours présente. L’objectif du top 6 est et reste le nôtre. Même si notre première partie de saison n’est pas à la hauteur de mes espérances, tout est encore jouable. Le championnat est serré. Et la seconde partie de saison remet les compteurs à zéro. De la 3ème à la 6ème place, il y a 6 équipes candidates. Aujourd’hui, rien n’est joué : les confrontations directes seront déterminantes. On aura l’avantage de jouer à domicile nos principales concurrentes lors de la phase retour (Nantes, Lyon, Tarbes, Basket Landes). A nous d’en profiter.

E.C’ : Et l’équipe ? Comment l’évalues-tu aujourd’hui ?

FD : On a un beau collectif et des joueuses pour qui l’équipe compte. Néanmoins, le potentiel présent, et que je vois à l’entrainement, est sous exploité en match ou ne se laisse entrevoir que par intermittence (le match de Montpellier doit être une référence en la matière). En dehors des pépins physiques qui peuvent les affecter, les filles sont sensibles aux résultats. De fait, lors d’une mauvaise série, la confiance est en berne et le rendement sur le terrain s’en ressent.

Ceci étant dit, avec les résultats en dent de scie, avec le staff, on s’est beaucoup remis en question. D’abord parce qu’on ne peut faire porter toute la responsabilité des résultats sur les seules joueuses. Ensuite, parce qu’il est important de revoir son système d’organisation, de préparation quand les effets ne sont pas au rendez-vous. Je ne peux pas demander aux joueuses d’être exemplaires si je ne le suis pas moi-même. Avec la reprise, c’est donc des nouvelles façons d’aborder les séances d’entrainement qu’on met en place. L’idée, c’est de garder le bien et de corriger le moins bien. De se remettre en question sur nos systèmes de défense et d’attaque et de revenir à nos fondamentaux.

C’est facile avec ce groupe parce qu’on se peut dire les choses, analyser et passer à la suite. Il y a une vraie acceptation à ce niveau-là. Et pour moi, c’est plus simple. Mais la frustration sur les résultats et l’intermittence du jeu produit est bien présente.

La finalité, c’est de développer une identité d’équipe pour permettre la progression individuelle et du jeu plus simple.

E.C’ : Et en termes d’individualité ?

FD : Immanquablement, je retiens la première partie de saison de Magali. Recrutée sans certitude d’être titulaire, elle a su saisir sa chance (lors de la blessure de Jo) et montrer ses capacités et son envie. Son éclosion n’est pas une réelle surprise pour moi, car je savais qu’elle en avait les moyens. Il fallait juste réunir les bons ingrédients : une volonté de bien-faire en LFB et en Euroligue, une prise de responsabilité quand il a fallu et une confiance qui s’est installée, un environnement de club satisfaisant et une liberté d’expression sur le terrain.

Après, chacune de mes joueuses a ses talents. Pour les exprimer, il faut simplement qu’elles montrent plus de caractère dans le jeu, envers elle-même, envers leurs coéquipières. En développant leur personnalité sur le terrain, elles vont inéluctablement progresser en performance et s’endurcir mentalement.

Il faut rentrer sur le terrain en étant animé par un état d’esprit de « Guerrière » : combattif, accrocheur et rageur. Même si l’adversaire nous est supérieur, on doit se battre. Ce fut le cas lors de la double confrontation face à Bourges. J’ai aimé le comportement des filles qui n’ont pas lâché et se sont battues pour ne pas se laisser décrocher. Ce genre de prestation doit nous servir en 2019 pour nous permettre de progresser.

E.C’ : Tu parles de progression en 2019. Dans ce contexte, comment envisages-tu l’apport d’Ann WAUTERS à l’équipe ?

FD : Ann est une grande référence dans le monde du basket. Et à Villeneuve, elle a laissé un souvenir impérissable à la fois à ses coéquipières et au staff. La voir revenir chez nous pour aider l’équipe est une bonne chose.

Elle va mener un travail spécifique avec les intérieures de l’équipe (les séances ont d’ailleurs démarré dès le 29 décembre), en partageant son expérience et sa science du basket.

Avec le groupe, elle va également mettre en place des techniques de préparation de match, basées sur la confiance en soi et la communication au sein du collectif. Elle va certainement pouvoir corriger le défaut de force mentale de l’équipe. La cohésion sur le terrain passe aussi par un lien psychologique fort entre les joueuses. Ann pourra y contribuer.

E.C’ : Pour finir Fred, que faut-il te souhaiter pour que l’année des Guerrières soit réussie ?

FD : De finir dans le top 6 de la saison régulière, pour décrocher une place en Coupe d’Europe. Sans ça, ça serait un retour en arrière pour le club.

La lutte sera dure. Le top 6 se jouera à 1 ou 2 victoires, tout comme les play-downs.

Mais on ne lâchera rien.

E.C’ : Merci Fred ! Encore une fois meilleurs vœux pour 2019 et bonne reprise à Basket Landes !

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