Dans les coulisses de l'ESBVA-LM - Partie 5

01 février 2021

Pour les personnes qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?

Oui alors Didier BAELDE, donc mon âge, vénérable, 72 ans. Je suis évidemment ancien joueur de basket, je jouais à l’US Tourcoing, un club pour lequel la section masculine a disparu mais où il reste une section féminine. Je jouais en National pendant 13 années, puis j’étais entraîneur, à Tourcoing puis à Wattrelos, et j’ai été professionnellement chef d’établissement pendant 23 ans et donc dans 4 collèges, successivement Wattrelos, Annœullin, Lille Sud et Villeneuve-d’Ascq. Je suis issu du corps des enseignants. Et c’est précisément à Villeneuve-d’Ascq, le dernier établissement dont j’avais la charge, que je me suis rapproché de l’ESBVA étant donné qu’il y avait à l’époque, en 99, je pense, 99-2000-2001, deux jeunes filles que j’avais connues toutes petites et qui jouaient en équipe première, c’est Marion LIENARD bien sûr et Nirina ZIDZU, et j’étais très intéressé d’aller les revoir. Parce qu’en 1999, le Comité Nord m’avait demandé de m’occuper un peu des sections benjamines et benjamins du Comité Nord. Et c’est donc bien avant que j’avais connu ces deux jeunes filles. Voilà, et à l’époque elles jouaient à la salle Cerdan, et puis j’ai bien sûr connu l’ouverture du Palacium, en 2002, et j’ai continué à venir voir. J’ai été reconnu dans les tribunes, avec quelques mamans d’élèves aussi qui m’avaient demandé de prendre en charge les équipes de garçons amateurs, dans la section amateur. Bon, j’avais refusé en disant « on verra à ma retraite ». Et l’heure de la retraite a sonné et là, c’est le club qui est venu me solliciter, je connaissais Yannick LE BORGNE, je connaissais Abdou N’DIAYE comme adversaire, ancien adversaire, et ils m’ont dit « Didier, il faudrait que tu viennes pour assurer une place dans le volet scolaire ». Puisque dans les conventions, il y a trois volets, un volet sportif, un volet médical et un volet scolaire. Donc en 2009, voilà maintenant 11 ans, j’ai accepté et je m’occupe de ces jeunes filles depuis lors.

En quoi consiste votre rôle au sein de l’ESBVA ?

Eh bien ça consiste précisément à suivre ces jeunes filles qui nous arrivent. En gros, il y en a une vingtaine qui forment le Centre de Formation chaque année, des moins de 18 et des moins de 20, avec un peu plus de moins de 18 que de moins de 20. Ces filles nous viennent d’un peu partout, vous le savez bien. C’est là la grande différence avec des sports études, où le sport n’est pas lié aux études ici, mais on sait bien que le premier projet pour ces jeunes filles c’est évidemment le basket. Elles auront le basket dans leur vie mais est-ce que le basket les fera vivre, c’est la grande question, et mon rôle est de leur rappeler que ça peut être éphémère, que c’est un passage très heureux dans leur vie mais que ça ne suffira peut-être pas, qu’il ne faut pas négliger pour autant les études. Il est vrai que les familles soutiennent cette idée, même si dans la famille, le basket est quand même la raison essentielle de cette éloignement familiale et peut-être même parfois un transfert un peu de projets parentaux envers leur fille. Donc ces filles sont scolarisées, pour celles qui sont au CREPS, il y en a donc 11 cette année, à Gondecourt, au lycée, ce sont bien sûr des moins de 18 ans. Cette année, on en a 3 en secondes, 4 en première, 4 en terminales. L’idée, c’est d’être en relation avec le lycée bien sûr mais aussi la responsable pédagogique du CREPS afin de pouvoir faire des bilans au moins trimestriels et puis intervenir évidemment pour leurs études si jamais il en était besoin. En ce qui concerne les post bac, là le suivi est un peu plus difficile. Autant avant, au lycée, il est possible que des personnes assistent aux conseils de classe, etc. et puis j’en fais le compte-rendu chaque trimestre mais en post bac c’est un petit peu plus difficile parce que les filles se dispersent. C’est ce qu’on appelle nos « CROUSIENNES », elles sont pour la plupart logées dans les chambres du CROUS et là elles se répartissent dans diverses formations post bac, comme STAPS où on en a 4, on en a en BAC pro, on en a en Université, en DUT, à Roubaix, à Lille, à Tourcoing, à Loos, à Ronchin et évidemment Villeneuve-d’Ascq parce que c’est véritablement le point fort de notre Centre de Formation que de pouvoir offrir aux jeunes filles après le bac un ensemble de formations, de poursuites d’études qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs. Voilà, donc le travail consiste à examiner les candidates à l’entrée au Centre, regarder où elles en sont d’un point de vue scolaire et de d’abord trouver une place, parce que souvent ces mutations de basketteuses ne correspondent pas du tout au calendrier scolaire des affectations. Et les grosses et mauvaises surprises sont surtout des surprises du mois d’août où parfois des filles ont de la difficulté à trouver une affectation, qu’il faut un peu forcer avec l’aide de la DRJS qui est en relation avec les services d’orientation du rectorat. Et chaque année on a des soucis l’été avec des filles qui ne sont pas encore (je vais utiliser un mot bizarre) casées dans un établissement scolaire. C’est vrai que c’est difficile d’être athlète de haut niveau et d’avoir des poursuites d’études facilitées en France. Cela viendra peut-être, il y a une esquisse de petits changements qui vont peut-être intervenir bientôt mais pour l’instant, faciliter la vie des grandes sportives c’est encore un vœu pieu, à mon avis. Donc quelle que soit leur orientation, qu’elles soient en général, en technologique ou en professionnel, nous avons la charge de leur trouver une place.

Est-ce qu’il y a eu un événement plus marquant que les autres au Centre de Formation ?

Alors, il y a 11 ans oui, ce qui correspondait à peu de choses près à l’arrivée de Carmelo SCARNA à l’ESBVA-LM, de grands évènements qu’on a évidemment vécu à travers les titres, puisque à travers les titres on avait parfois, sur le banc, une fille ou deux du Centre de Formation, ce qui fait toujours plaisir. Mais les titres, dans le Centre de formation, en 11 ans, on en a connu 2 : un de niveau 2 des moins de 18 ans avec l’ESBVA-LM et entraîné à l’époque par Mathieu BOCQUET, et le deuxième, dans le cadre de la coopération avec Armentières, le même titre (niveau 2 des moins de 18 ans), autrement dit le niveau cadettes deuxième série, et l’entraîneur, là c’était Kevin FAUCHOIS. Voilà deux titres, l’un sous la direction quand même de Fred DUSART (le premier), qui, à l’époque, était le directeur sportif du Centre de Formation. Le deuxième dans le cadre de la coopération, c’était Stéphane LALLARD qui avait un peu déposé l’idée du projet lui-même, et cette coopération n’a pas duré plus d’une année, pour d’autres raisons mais ce n’est pas le sujet ici je pense. Voilà deux temps forts où il y a eu quand même un titre à la clé. En dehors de ça, il y a aussi parfois de belles aventures, quand même des ½ finales de Coupe de France, mais cela ne s’est pas soldé par une réussite totale, car il n’y a pas eu de trophée remporté.

Et quel est, selon vous, l’événement le plus marquant au niveau de l’équipe professionnelle ?

Je pense quand même que c’est le titre de championne d’Europe qui s’est gagné en Belgique avec une ambiance qu’on aura du mal à retrouver, je pense, un jour. Le titre de champion de France bien sûr. Mais dans les deux cas aussi, il a été très agréable de côtoyer des joueuses d’un très haut niveau, je pense évidemment à Alina IAGUPOVA pour le titre de champion de France et aussi à Ann WAUTERS pour le titre de championne d’Europe. Ce sont ces filles qui ont servi de modèles et qui ont entraîné toute l’équipe derrière elle, ça a été de très grands moments.

Vous avez parlé d’Alina IAGUPOVA et Ann WAUTERS, quelles autres joueuses vous ont marquée ?

Oui, un diamant brut qui nous est tombé du ciel avec Emma MESSEMMAN, ça c’est une chance extraordinaire que nous ayons pu avoir et partager ces très grands moments avec elle. Elle est évidemment appelée à une très grande carrière professionnelle qu’elle a déjà largement entamée. C’est vraiment une joueuse qui nous a marqué dans la mesure où elle avait 1 : le souci de vaincre son handicap. 2 : le souci de terminer ses études, ce qui nous intéressait au plus haut point, avec toute la confiance qu’elle nous a accordée, ainsi que sa famille d’ailleurs, et aussi son implication dans tous les moments où elle a pu s’entraîner avec l’équipe professionnelle et les progrès constants qu’elle a réalisés. C’était vraiment un modèle.

Pour conclure, est-ce que vous avez un message à faire passer aux joueuses et au staff ?

De garder le moral en cette période difficile, parce que pour moi, il n’y a rien de plus difficile que de s’entraîner sans jouer (entretien réalisé en décembre 2020, ndlr). On progresse à travers la compétition, même si les progrès techniques et individuels peuvent toujours se révéler à l’entraînement à côté de joueuses plus fortes que soi en l’occurrence. De garder le moral et d’essayer d’être prêts le plus vite possible pour la reprise des compétitions, parce que c’est ce qui va la suite de leur carrière. Certes, là aussi où il faut le moral c’est qu’à un moment donné il y a une certaine objectivité, surtout vers l’âge de 20 ans, où l’on va se rendre compte qu’il y a beaucoup d’appelées et peu d’élues. Il faut savoir qu’il y a en gros 300 filles en France qui vivent bien du basket, qui en vivent largement, mais dont la moitié sont étrangères déjà, ce qui laisse peu de place aux autres. Mais se dire que toutes les autres n’atteindront sans doute pas le niveau pro et ne vivront pas du basket mais le basket leur apportera quelque chose, que ce soit sur le plan sportif, humain, social voire même financier. A force de courage et de volonté on peut quand même, avec une petite formation complémentaire et un travail, obtenir un niveau de vie acceptable. Il faut savoir que même en fin de carrière, quand on suit celles qui sont passées par le Centre de formation, on a quand même des filles qui ont fait et qui font encore une carrière pro, je pense à Zoé WADOUX, Hélène JAKOVLJEVIC, Marie-Bernadette M’BUYAMBA, Jessica MAVAMBOU, Imane EL GARTI… Ce sont des filles que nous rencontrons dans le championnat et qui sont passées par chez nous. On les retrouve parfois comme adversaires, mais toujours avec un bon état d’esprit parce qu’en général, on ne se quitte pas trop fâchés du Centre de Formation.

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